L’eau défile,
Le sillage s’étire et dévale les collines vert sombre sans cesse réinventées par la houle qui se forme, jour après jour,
Un soleil pâle apparaît au-delà de ce sillon qui serpente, à l’est.
Tiloune file 7 nœuds, une bicyclette dans une bonne descente qui ne finirait pas.
Les jours défilent et nous dévalons cette descente, laissant derrière, une trace de plusieurs milliers de kilomètre.
Devant, à gauche, à droite, de la place, beaucoup de place libre,
libre et vivante.
A bâbord, le vent, quelques moutons blancs qui frisent, dévalent les collines, se bousculent, chahutent un peu et basculent dans la pente
En face, deux petites ailes d’écumes de part et d’autre de l’étrave qui cherche s’envoler
Courent, courent sur l’océan, s’envolera, s’envolera pas
Juste au-dessus, l’horizon… zen
Un bon coup de roulis balance le regard sur tribord, sous les voiles, et se raccroche à cette rafale d’exocet qui brille et plane loin, loin sous le vent, faisant un large tour vers l’arrière, le sillage
Marin apparaît le premier, tout nu, : « salut, p’pa », fait pipi, s’habille dans le cockpit, un bouquin à la main
Le soleil est monté d’un coup, explose de brillance, les collines ont virées au bleu roi intense parsemé de scintillement diamantaire
Paco aussi a ouvert un œil
Petit déjeuner
Ca y est, les enfants sont dans leur train de frangin, playmo, harry potter, bricolage
La journée commence
Je réveille Maï
Je me couche
Midi, soleil au zénith, la culmination frise 90°
Maï dans la méridienne ou une droite de hauteur
Les poissons volants décollent en escadrille
L’océan brille tout azimut, il ne fait plus froid, il fait bon, juste bien
Toilette des garçons, un peu de grammaire, quelques tables de multiplication puis Marin fait le point, c’est le moment studieux, juste avant la salade
Il reste du frais, un chou, 2 concombres, quelques tomates, ça va
Yaourt, café, clop, ça va
Les heures défilent, sans prise, sans conscience, c’est le grand lavage de cerveau du grand large qui lave plus bleu que bleu.
Depuis combien de jours sommes nous en mer ?
aucune idée, aucune envie de le savoir.
Les jours sont juste ponctués du point de Marin qui annonce, tout fier,
« plus que 2364 milles ! »
« plus que 1934 milles ! »
« plus que 1219 milles ! » ….
Milieu d’après-midi, orange pressée, petit goûter, l’heure du thé, et puis l’heure de l’histoire audio, « Le chant de l’Odyssée » d’Homère, les enfants râlent, je ne fléchis pas, c’est l’instant « culturel »…
Et puis on glisse tout naturellement vers la question du jour : « je fais quoi à manger ? »
La daurade de 1,15m aura tenu plusieurs jours au frigo, répondant d’elle-même à ma question, mais désormais la pêche ne donne plus… ça casse…
Patates, riz, nouilles, oeufs, lard, oignons, lentilles, semoule, ça tourne rond, avec parfois des jours de fêtes avec crêpes ou l’ouverture d’une boîte cuisinée qu’on conserve depuis la Martinique…
Le soleil vire à l’orange et s’aligne avec l’étrave
L’heure de l’apéro
Quelques notes d’accordéon parfois, quand on a de la chance…
On se met à table lorsque le soleil a disparu derrière la courbure de la planète bleue
La nuit est tombée quand les enfants vont se coucher.
Ce soir, c’est Maï qui fait le premier quart
Il est 20 h 00 sur ce fuseau horaire qui ne concerne que nous, et restera calé sur le coucher de notre soleil, ici et maintenant.