6 nœuds, quelques pointes à 7 nœuds, Tiloune déboule vers le sud ouest sur un bien bel océan lisse et pacifique, ventilé par un alizé un peu grincheux la nuit, mais étincellant durant la journée.
Chacun est à son poste, la tête dans son bouquin et dans ses rêveries.
C’est la parenthèse entre deux mondes, deux tranches de vie, parenthèse magique des traversées…
un petit galop de 520 milles (1000 kms environ)
On repense à tous ces amis qu’on laisse, à tous ces instants qu’on ne retrouvera pas
Le Tiloune est chargé de fruits, d’accessoires divers (que les années collèges nous amènent à bord), d’im
ages, d’histoires à raconter…
Vélo de paco dans le portique, des b
ananes sèchent partout sur le pont
des cageots de citrons, pamplemousses, pommes cythère, urus (le fruit de l’arbre à pain), citrouilles, encombrent les planchers… il a bien fallu caser toute l’abondance et la bonté des
Marquises.
Et puis il y a eu cette dernière escale avant de quitter l’archipel des Marquises, au point le plus sud de Ua Pou, au sud du village d’Hakatao, au pied de la « cathédrale » du Motutakae, une sorte de piscine blottie dans les hautes roches, idéal pour un petit nettoyage de la carène du Tiloune.
6 nœuds, quelques pointes à 7, notre sillage laisse au loin Ua Pou dans un brouillard de sentiments mêlés…
J’en parle, j‘en parle pas… voilà quelques jours que cette question me taquine
J’en parle :
On nous a visité le bateau et piqué le fusil harpon sous-marin, les lampes frontales, 2 bobines de fil nylon, un cordage neuf
Ca y est , je l’ai dit
Je l’ai pas dit fort, mais je l’ai dit
Ben ouais, on a du mal à en parler tellement cet événement est déplacé dans l’atmosphère des Marquises.
Un événement bien banal sur notre planète (Tiloune était grand ouvert, seul dans un mouillage isolé, jusque tard dans la nuit, vu qu’on était invité au village par Florent l’infirmier) mais un événement qui parait à des années lumières de la planète marquisienne.
Et ce fut bel et bien un événement à Hakatao.
Vu l’accueil qu’on avait eu dans ce petit village perdu, il nous a paru évident d’en parler ;
et ce fut l’émoi au village.
Tout le monde est atterré par cette mésaventure.
L’affaire a commencé par faire le sujet principal de la messe de ce dimanche, puis le maire a pris la parole de manière parait-il très (trop ?) « énergique » (on ne comprend pas encore bien (du tout) le marquisien…) puis un autre ancien du village à surenchéri.
Puis l’unique « policier municipal » de la localité (qui pêchait la langouste le soir du « drame ») m’a demandé , en ce beau dimanche, de le suivre dans ses visites à chacun des pêcheurs.
Tous nous ont fait savoir leur sincère indignation et ont voulu laver l’affront qu’on avait subit par de multiples cadeaux en tous genre (pierre sculptée, pâtisserie, des fruits encore des fruits, un pêcheur m’a même proposé son fusil sous-marin que j’ai difficilement refusé en argumentant que j’avais la possibilité de m’en faire apporter un nouveau de Tahiti par « la bande à Bebert » que nous devons retrouver aux Tuamotu).
Chacun cherche à nous convaincre de rester, car il ne fait aucun doute que le remord va prendre notre visiteur aux tripes et notre bien nous sera rendu sous peu…
Mais nous avons un rdv précieux à Fakarava (aux Tuamotu), nous avons déjà reporté de 24 h notre départ, nous devons appareiller…
6 nœuds, quelques pointes à 7, notre sillage laisse au loin Ua Pou dans un brouillard de sentiments mêlés…
Lorsque je reprends la plume, la vitesse a bien baissé, je vous rassure… Tiloune a retrouvé ses 5 nœuds de croisière stabilisée, mais j’aimais bien l’effet narratif de « 6 nœuds, quelques pointes à 7 »…
Mais là en fait si je reprends la plume en navigation alors que ce n’est pas mon habitude, c’est pour un petit coup de gueule, que je ne sais pas à qui adresser…
On vient de se faire ostensiblement couper la route par un cargo.
Excusez si cette prose prend l’allure d’un « rapport de mer » mais j’aimerais lui donner la portée la plus grande :
Ce jour, le 31 mars 2009 à 14h 15 heure local (0h15 GMT du 1/04/09) par 12°45 Sud et 142°33 Ouest, le Cargo « SEA HOPE »
immatriculé à PANAMA filant environ 20 nœuds dans le 290° fait une route exactement convergente à la notre qui est de 5 nœuds dans le 210°. Nous communiquons avec le cargo par VHF afin de
vérifier qu’il nous a bien vu.
Il dit nous avoir bien vu et manoeuvrer en conséquence.
Mais sa route demeure route de collision et les évènements se déroule très vite, l’étrave du cargo est à 200m lorsque nous stoppons notre voilier durant une bonne minute, les flans du cargo
filent à moins de 50 m de notre étrave.
Il est donc clair que si nous avions continué notre route sans changement, il y aurait eu collision…
La communication radio qui a suivi fait clairement apparaître un comportement criminel. Le capitaine était bien là, dans sa timonerie, ayant sous contrôle une manœuvre caractérisée d’abordage en mer.
Je lui ai courtoisement rappelé le règlement international pour prévenir les abordages en mer, auquel il ose nous soutenir avoir donné 20° à sa barre pour nous éviter…
Entre l’homicide volontaire et l’incompétence caractérisé et alcoolisé du capitaine, nous préférons garder la 2ème hypothèse mais dans les 2 cas, nous aimerions qu’au moins son armateur soit informé des agissements criminels, volontaire ou non, du capitaine du SEA HOPE armé à PANAMA en cet bel fin de saison cyclonique entre Marquises et Tuamotu.
Voila, je suis calmé.
Dimanche 5 avril
Depuis 2 jours, Tiloune se balance imperceptiblement dans le lagon de Fakarava, au beau milieu de l’archipel Tuamotu, où nous avons retrouvé Tifenn et Guillaume de « Kerdonis » (nos
jeunes qu’on aime, rencontrés aux Galapagos)
La bande à Bébert va atterrir ici dans quelques heures.
Je vous écrit en ce moment adossé à un cocotier, face à la poste d'où le signal wifi s'échappe.
Juste à coté une énorme antenne parabolique pointée vers les étoiles, pour vous atteindre avec ce petit article tout chaud...
Pour vous dire qu’on n’est pas malheureux d’être là, tout simplement...
D’aucuns prétendent qu’il est important de dire les choses…
Ou de les écrire ?
Aurais-je le courage de chercher le site qui voudra bien entendre mon petit rapport de mer ?
Merci pour vos mails reçus dans ce petit coin perdu du monde ( ou dans ce petit coin du monde perdu…)
dans le bleu turquoise, le blanc corail, le vert de palme et perles de nacres…
Comptez sur nous pour vous raconter.
On va traîner 2 ou 3 mois dans ces atolls avant de descendre sur Tahiti, mais internet sera sans doute moins au rdv…
Je vous embrasse
dodo
Le temps de passer à
la poste restante et chez des amis (Roland et Françou) récupérer les colis de Noël…
Il saute sur son vélo,
Anao, au Nord
Est de Nuku Hiva, un mouillage qui nous ferait presque oublier que l’eau des Marquises n’est pas la plus belle du monde.
"Si Dieu veut" nous serons vers Tahiti en début juillet
Pas d’internet, je ne sais pas bien quand nous retrouverons une connection qui me
permettra de mettre en ligne.
De peur de vous perdre, voici une petite carte qui récapitule un peu ces dernières
semaines
Marcher doucement et prudemment pour ne pas écraser un œuf, cheminer en bordure de
falaise afin ne pas effrayer les tout jeunes qui pourraient s’enfuir du coté du vide, … nous suivons à la lettre les consignes de notre ornithologue.
Un peu de verdure
Falaises vertigineuses tombant à pic dans la mer, végétation luxuriante qui s’accroche
aux remparts, roches titanesques aux évocations les plus mystiques, cascades, claires rivières ombragées où
Tiloune avance tout seul sous régulateur d’allure, il galope et a l’air heureux lui
Paco et Marin , enfin sortis de
leurs livres d’Harry Potter , ont passé la journée d’hier à confectionner chapeaux,
baguettes et balais de sorciers pour les playmobils…et depuis ils jouent à Harry Potter…on n’en sortira jamais !?
On alterne grand’voile et génois et
grand’voile et geneker. En fait si on veut arriver avant la nuit demain , il faut qu’on assure 120 milles/24 h.
mettre le bateau au port du village, on va voir le coucher de soleil (en pick up , génial !) depuis un super point de vue … on écoute le cri du pétrel
dans l’après midi, bonheur : un petit vent
se lève, très petit, et on envoie notre beau geneker rouge ( j’adore voir cette voile dans le vent avec le bleu du ciel tout autour et tout ça quoi…).
hant de l’odyssée » de Homère,
puis ensuite « Lula »
peu plus, on envoie notre génois tout neuf et tout beau lui aussi.
passé !
On a mangé deux fois par jour de la dorade…grillée à midi et en cari le soir.
Malgré la température de l’eau (glaciale), Marin et même Paco rassembleront tout leur
courage pour nager avec les otaries, malheureusement, l’eau n’est pas claire, c’est l’hiver aussi sous l’eau… Mais Paco va tout de même shooter le gros mâle otarie intimidant qui tournait
bruyamment autour de nous pour qu’on ne s’approche pas trop prés de ses femelles.
Bref, on n’est pas monté dans le train, et ce qui est trop bête c’est qu’on l’a même
pas pris en photo, ce « mauvais train ».
Bon, j’avais dit que je ne vous raconterai pas en détails nos vacances, mais c’est plus fort que moi…
Ce n’est que la nuit qu’on aperçut les yeux rouges des caïmans se reflétant dans le faisceau de la lampe torche…